ça sent pas la rose

Ceci n'est pas un vrai blog de fille. De toute façon j'ai jamais su faire les bracelets brésiliens.

14 décembre 2007

Un concept très vendeur

marchandeur

Et toi qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand(e) ? Dans le secret de leurs petits bouts de papier à carreaux seyes, certains se seraient bien vus devenir médecins, mannequins, présidents, ministres ou, plus rarement, bons à rien mais heureux en tous points. Pour ma part, j'avais d'abord brièvement (mais sérieusement) envisagé d’épouser la carrière de coiffeuse vers l’âge 5 ans (j’aimais l’odeur du shampoing, les cancans et les casques chauffants). Et puis après avoir réalisé que mon futur statut social de diva du brushing m'obligerait à cotoyer des poux et des teignes sur talons aiguilles, il me fallut songer à une reconversion avant l'heure. Deux ans plus tard ce fut la révélation : dans le rayon des paquets de céréales de l’hypermarché du coin, entre Choco Pops et Chocapic, je me trouvais à un Carrefour de mon orientation professionnelle. Cette fois, c'était décidé, je voulais devenir vendeuse. « Mais pourquoi ? » me demanda à l’époque, l’air moqueur, un pédiatre pas très psychologue. « Pour ranger des choses ». Ma chambre puis mon appartement ont toujours été des zones de libre expression du désordre ambiant mais plus à une contradiction près, je rêvais donc à 7 ans de « ranger des choses ». Aligner les bocaux de petits pois, classer les CD par ordre alphabétique, pousser la maniaquerie au rayon fruits et légumes en rangeant les pommes en pyramide (voir la pub de Ferrero Rocher, la fête chez l’ambassadeur, pour comprendre). Je ne souhaitais pas rentrer dans les ordres mais simplement le faire régner. Dieu, la vie, ma mère, la société et moi en avons décidé autrement. Je ne suis finalement pas devenue vendeuse mais pour cause professionnelle je fréquente assidûment les boutiques. J’ai donc un alibi pour observer ceux qui aujourd'hui, à l'ère du « payer en 8 fois sans frais ou presque, voir l'astérisque en bas de la page » et du « satisfait ou de toute façon pas remboursé », exercent ce dur métier.

Cas n°1 : la « team » de vendeuses hystériques qui aimeraient bien qu’on devienne « friends » (et si je dégaine ma CB, c’est encore plus « cool »).

« Cette petite veste est top sur moi». C’est l’équipe de vendeuses en sitting devant ma cabine d’essayage qui le dit. Enfin c’est ce que j’ai cru lire sur les lèvres de l’une d’elles car la musique est à son maximum, à « donf » quoi. Je suis dans une boutique de jeunes et les jeunes aiment écouter les derniers tubes electro à fond. Le cliché est tel qu’il mériterait bien une petite photo souvenir. Dites « cheese ! ». « Le jeune » est une marque déposée, protégée par l’INPI, Institut National de Pauvreté Intellectuelle. Un coup d’œil dans la glace, je constate que je suis un peu trop boudinée dans mon socio-type. Entre jeunes, on se comprend. Bah, non justement. Au fait le prix de la veste ? 350 € en 100% coton. Un détail puisque qu’ici on est entre amis. Ça fait du bien de se sentir en terrain conquis.

Cas n°2 : la Lucky Luke du prêt-à-porter qui te suit entre les portants plus vite que ton ombre.

Elle ne me lâchera pas, je suis sa nouvelle proie. Le moindre de mes gestes est suivi d’une remarque encourageante. « Le violet, oui, c’est très tendance cette année ». « On le vend très bien ce modèle », « vous voulez le passer ? », « nous l’avons également en pistache, aubergine, framboise… ». Elle dresse la liste, commence alors le supplice. Chacune campe sur ses positions. J’avance à pas chassés, elle fait de même. Je furète, elle me suit. Je fonce, elle tient la cadence. Une vraie lutte psychologique. Je feins d’ignorer son petit manège, elle espère coûte que coûte pouvoir me mener en bateau. Je jette finalement l’éponge ou plutôt la serpillière –un pull beige en cachemire- et me dirige vers la sortie. Score final : 0-0.

Cas n°3 : le vendeur de musique (DJ à ses heures) qui attend la gloire derrière son comptoir.

Entouré de ses collègues/potes en gilets vert sapin et or (indice subliminal), il rigole, parle fort, peste contre des clients imaginaires quand un CD n'est pas à sa place et décroche, à l'occasion, son téléphone, fatigué d'avance. Les malotrus qui cherchent la dernière compil’ de Franck Michaël sont priés d'aller voir chez André Rieu et Yvette Horner s'il y est. Des téméraires se risquent tout de même à lui demander des renseignements. « Vous cherchez ? » hulule t-il en frappant rageusement sur son clavier. « Le dernier Lorie, c'est pour ma fille » lâche dans un souffle, vaguement gêné, l'intéressé. Ah, le sadique.

Notez que ce cas n°3 fonctionne aussi au rayon hi-fi, informatique, littérature ou philosophie.
Je termine par un hommage rendu à une personne du troisième âge que j’ai un jour entendue demander à l’un de ces vendeurs en gilets vert et or :
Elle : - vous avez le dernier Foucault ?
Lui : - quel titre ?
Elle : - je ne sais plus, je l’ai vu à la télé.
Lui : - le philosophe ?
Elle : - non, Jean-Pierre Foucault l’animateur.

L'espace d'un instant, cette inconnue a été la comique la plus douée de sa génération.

COUPURE PUBLICITAIRE A PEINE MENSONGÈRE :
Vous pouvez aussi aller là-bas, sur POST HIT, un blog garanti avec des hommes torses nus et des femmes presques nues. A voir quoi.

MERCI DE VOTRE ATTENTION.


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14 novembre 2007

La télé commande

zapping

J’ai toujours rêvé de déclarer, devant témoins, d’un ton tout ce qu’il y a de plus définitif : je ne regarde plus la télé. Fini, basta, veuillez ne pas m’excuser pour cette interruption définitive des programmes. J’aurai alors le temps de lire les oeuvres intégrales (2 livres) d'obscurs auteurs branchés, je me passionnerai pour des films de réalisateurs tchèques, je me donnerai le frisson en assistant à des performances artistiques très olé-olé, je participerai à des débats philosophiques sur le pourquoi du comment, je hanterai les galeries d’art underground les plus en vue où le discours supplante le contenu. Et puis, je mépriserai, bien sûr, comme il se doit, les fidèles fervents de la religion cathodique. La télé oubliée, je serai une femme totalement libre de mes choix. Enfin tout du moins dans la limite de ce que m’autorise Les inrockuptibles, Art Press et Télérama.

Hélas, je suis très loin de cet état d’indépendance intellectuelle. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de décrocher pour de bon. « Tu veux qu’on regarde Ardisson ? ». « Non merci, sans façon ». Vaillamment, j’ai ignoré Fogiel, snobé Ruquier, je me suis gaussé des sourcils d’Emmanuel Chain et moqué du brushing d’Arlette Chabot. Non désolée, la télé ne commande plus chez moi.

Ma dernière tentative de désincarcération hertzienne remonte à 2001. En colocation, je partageais alors un grand appartement avec une amie de longue date. Bilan de ma grève audiovisuelle : de l’ennui, une amie et un appart en moins. Nos longues, très longues discussions avaient remplacé les émissions et je ne disposais pas de touche OFF pour stopper ses monologues. Le zapping en bruit de fond, le dénouement aurait peut-être été autre…
C’est ainsi que, de guerre lasse, j’ai souvent rendu les armes. Bye bye Les cahiers du cinéma, bonjour Télé 7 jours. F. Truffaut versus J.P. Pernaut, la bataille est perdue d’avance. Planche de salut dans un océan de médiocrité, je me réfugie de temps à autre sur l’île de Frédéric Taddeï sur France 3…. Mais je repars aussitôt à la nage vers le Triangle des Bermudes (plus communément appelé M6) et m’initie à la plongée en eaux troubles dans les bas-fonds de la « sous-culture ».

Maintenant je peux avouer. Oui, je regarde PARFOIS :

- Capital ou comment dilapider en 1H30 tout son pactole sympathie. Les riches qui trichent, les pauvres qui trinquent, les gogo gaga des attrape-nigauds. Il paraît qu’on nous cache tout et qu’on nous dit rien.
Bilan : L’émission terminée, je commence à claquer des dents dans ma tanière hantée par l’idée d’une croissance à moins de 2%. Je hais les dimanches soirs.

- Top Model ou comment apprendre en 40 minutes à survivre en milieu futile. Le concept de l’émission : elles ont moins de 25 ans, rêvent de devenir des tops mais ne sont pas pour autant décidées à abandonner les cookies. D’où vergetures, d’où embonpoints, d’où leçons de morale et humiliations publiques. « Chérie, t’as trop de cul » glapit Vincent McDoom qui campe ici le rôle du pro de la mode expert en défilés. Marcher sur un podium, l’air mi-snob, mi-rebelle, sur des talons-échasses c’est du boulot. Mine de rien.
Bilan : l’émission terminée, je remets en place mon cerveau, resté gentiment sur la table du salon. L’Oréol, parce que je le vaux bien.

- Ça se discute ou comment répertorier en 2h30 toutes les espèces de perruques disponibles à ce jour dans les boutiques spécialisées. Chez Monsieur Delarue, les gens de la rue n’ont rien d’exceptionnels et tiennent donc à conserver leurs statuts d’anonymes. D’où perruques, d’où voix déformées de faussets ou d’ogres, d’où lunettes noires effet masque siglées « Chan*bip* ». Une femme qui dit « bonsoir » avec la voix de Sébastien Chabal, rien que ça, à la base, c’est déjà suspect.
Bilan : l’émission terminée, je me promets en cas de problème d’aller plutôt m’allonger sur le divan d’une diva de la psychiatrie non conventionnée. C’est plus cher mais c’est plus sûr.

Ah et puis tiens pendant que j’y suis je regarde aussi par intermittence « Plus belle la vie », comme ça « pour me vider la tête ». Je sais, c’est monstrueux…

Attention, ceci est un message à caractère publicitaire : quand je ne suis pas ici, je suis là-bas, sur Post Hit, mon (autre) blog, ma bataille.


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04 novembre 2007

Ma vie est un clip de MTV

hitmachine

Tic, tac, tic, tac. Elle touche nerveusement sa frange toutes les deux secondes et s’invente à chaque fois quelques mèches rebelles à faire rentrer dans le droit chemin. Ce n’est pas un tic, c’est une tactique. Apprentie star, MP3 à fond, elle fredonne, l’air vaguement inspiré, le dernier tube à paillettes super glossy de Britney, Beyoncé ou Jennifer Lopez. Choisissez, c’est à peu près la même chose. Elle rit aussi, le plus fort possible, tout en jetant un coup d’œil aux alentours pour s’assurer, je suppose, que tous les projecteurs sont bien braqués sur elle. Hélas à 18h30 heure d’hiver, il n’y a guère que les phares des voitures pour faire briller son potentiel de star méchamment sexy. Vacances de Toussaint obligent ? Cette semaine en ville, les starlettes étaient de sortie. Moyenne d’âge : 15-20 ans, au-delà ça devient suspect. Jean taille basse : Ok, fesses bien mises en valeur. Coiffure : impec’, figée à la laque pour la postérité. Hobby : (tenter de) faire de son quotidien un clip de MTV. Tâche pas toujours aisée lorsqu’on est en 3ème B, que sa mère s’appelle Jocelyne et son père Roger, qu’on a un petit frère trop chiant, que sa vie n’est pas toujours mortelle et que lundi il y a interro presque pas surprise en mathématiques.

C’est bien connu, adolescence et glamour ont toujours fait legging à part.

À cet âge fatidique, nombreuses étaient mes camarades complexées qui, de guerre lasse, préféraient se claquemurer dans des tee-shirts taillés à coups de serpe par Chipie, Creeks ou Waïkiki (attention, marques en voie d’extinction). À contrario, la jeune génération semble bien décidée à lutter…. Et ce de plus en plus tôt.

Combien pour ce string Mickey taille 6 ans ? (Vu chez H&M, il y a quelques mois). 4,50 € madame, c’est du dernier chic. Moi, à 15 ans je ressemblais à peu près à ça : à rien. Une non-coiffure, un non-cardigan, des non-chaussures, bref beaucoup de non-sens. Clémente, à l'époque la fashion justice avait conclu à un non-lieu. Les années 80 furent terribles, les années 90 carrément sinistres. 2000, on remet les compteurs à zéro. La classe s’apprend désormais sur les bancs de l’école et se pratique en groupe de manière intensive le mercredi après-midi. « Vieille » personne de 25 ans, j’observe le phénomène. Je suis dépassée, je ne peux plus comprendre, pire, bientôt j’aurai 30 ans et je serai alors rangée d’office dans la catégorie « vrai adulte pas marrant influence ringard » par les moins de 20 ans. J’ai prévenu : le premier qui m’appelle « madame », je le tue. À mains nues. Pendant ce temps-là, les branchés tecktonik assurent le show en pleine rue, en CM2 les petites filles annotent les pages mode des magazines tandis que les 6ème groovent sur du R’n’B bling-bling en plastoc. Plus de place pour l’amateurisme, les stars académiques sont passées par là. Génération sacrifiée sur l’autel du mauvais goût, en 1997 les midinettes hurlaient au son des G-Squad, rêvaient devant leurs posters Worlds Appart, se pâmaient à la vue d’un des pectoraux des 2Be3, portaient sans honte des couettes et des chaussures à plateformes. Aujourd’hui on appelle ça un « fashion faux pas ». Ça craignait, quoi.

Allez silence, ça tourne.


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28 octobre 2007

La vie en rêve

malincommeunsinge

Petite, je refusais de dormir. Par principe et pour cause d’emploi du temps déjà surchargé. 8h : faire un chignon banane à Barbie. 8h30 : démontage de Lego. 8h45 : re-montage de Lego. 9h : sortir le Monopoly. 9h05 : ranger le Monopoly, plus trop envie de jouer finalement. 9h10 : démarrage d’un nouveau scoubidou. La tête sur l’oreiller, bon pied bon œil (grand ouvert l’œil), je guettais le marchand de sable. Vas-y bonhomme, jette-le ton sable, de toute façon je ne dormirai pas et dis aussi à ton pote Nounours de retourner dans sa grotte (voir « Bonne nuit les petits » pour comprendre). On a les combats qu’on peut. De guerre lasse, j’ai fini par baisser la garde et les paupières par la même occasion. Rendez-vous vous êtes cernée ! Deux encombrantes valises sous les yeux, je ne pouvais plus fuir. Il fallait dormir. Destination : le pays des rêves. Depuis, mon petit cinéma intérieur fonctionne toutes les nuits ou presque. Courses-poursuites, psychopathes multirécidivistes, situations abracadabrantesques : dans la vie comme dans les rêves tout ne se passe pas exactement comme l’avait prévu le script. Je veux courir, mes jambes se dérobent. Je vous parler, ma langue fait grève. Je veux m’en sortir mais je ne trouve pas l’issue de secours. Rêver, c’est pas de tout repos. Le scénario est mal ficelé et le réalisateur, inconscient, s’acharne à me malmener. Parmi mes derniers périples en date, une étrange histoire peuplée de macaques, de fringues et de Christine Bravo sur fond de bons sentiments. Un vrai nanar, quoi. Le lendemain matin, j’ai essayé d’analyser le tout devant mon bol de céréales.

Explications :

Scène 1 : je suis dans un jardin. Entre deux buissons je découvre un macaque et son petit, mini singe adorable qu’on croirait échappé d’un magasin Joué Club. Il tient dans ma main. Je suis sous le charme, complètement gaga, mon diva de chat snob et caractériel n'existe plus, c'est décidé je veux un singe, un vrai, que j'appellerai Maurice (ça c'était pas dans le rêve).

Scène 2 : ma sœur m’apprend qu’il faut récolter de l’argent si on veut sauver du froid le fameux macaque et sa progéniture. Aussi convaincante que Nicolas Hulot, Brigitte Bardot et Alain Bougrain Dubourg réunis, je rejoins la lutte.

Scène 3 : j’ai une idée : créer une ligne de vêtements pour bébé baptisée « Macaque » et récolter ainsi rapidement des fonds. Ça se confirme, je n’ai absolument aucun don pour le marketing.

Scène 4 : nous ouvrons une boutique. Problème, l’intérieur est en ruine et il y a d’atroces rideaux en panne de velours rouge accrochés aux fenêtres. Motivée, je décide de tout miser sur la vitrine.

Scène 5 : les affaires vont mal, nous avons besoin de publicité. Je décide alors d’accorder une interview à un journaliste pour balancer tout ce que je sais sur Christine Bravo. Grâce à ces sordides confessions, j’espère lancer « Macaque », ma collection de vêtements, ma bataille. Puisque que je vous dis que je suis nulle en marketing.

Scène 6 : dans le fameux journal je déclare « Christine Bravo est une conne ». La Christine en question n’est pas contente et me le fait savoir les yeux dans les yeux. Son visage est flou mais on s'en fout, c'est un rêve à petit budget. On s’engueule, elle s’en va.

Scène 7 : éprouvée, je retourne auprès de maman macaque et de son petit avec le peu d'argent récolté.

Scène 8 (dénouement) : ma sœur m’apprend, plus du tout concernée, que les deux macaques ne sont plus là depuis bien longtemps. La mère s’est fait la malle, son gosse sous le bras. La garce.

Conclusion 1 : ne jamais faire confiance à un singe, même en détresse.
Conclusion 2 : Macaque n'est pas un bon nom de marque, enfin pas au point de rendre du temps de cerveau humain disponible.
Conclusion 3 : mais bon sang pourquoi Christine Bravo ?


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21 octobre 2007

De la psycho, à gogo

peluchedereconfort

Elle n’a jamais décroché son diplôme en psychologie, cela ne l’empêche pas d’avoir la langue bien pendue. Vendeuse enragée et engagée, c’est au rayon cosmétiques de ma supérette bio qu’elle délivre sans ordonnances ses analyses placebo. Freud, Lacan et toute sa clique squattent l’espace, quelque part entre les crèmes pour les mains à la rose et les gels douche à l’avoine. Curieuse, je tends l’oreille feignant un vif intérêt pour la nouvelle gamme de masques « régénérante-vivifiante+décripsante+hyper efficace+commerce équitable+et 100% bio par-dessus le marché ». J’ai la conscience tranquille.

Une première patiente, la quarantaine, bobo en trench noir et idées vertes, s’approche et explique. Il est question de plaques rouges, de dermatologues successifs et incompétents, de moult remèdes testés sans succès. Parce qu’elle a bien lu entre les lignes son « Sigmund Freud pour les nuls », ma vendeuse-psychiatre farfouille alors mentalement dans son stock de phrases prêtes-à-gober, adoptant une mine mi-concentrée, mi-préoccupée, garantie 100% anti-naturelle, comme pour mieux susciter l'inquiétude de son interlocutrice. « Etes-vous en colère ? » finit-elle par demander. La femme aux plaques rouges, appelons ainsi cette malheureuse, semble destabilisée. « Heu, bah… ». Temps de réflexion, silence. Un ange passe, un sac rempli de tablettes de calmants sous le bras. « Je vous demande cela car les réactions cutanées sont souvent liées à une colère intérieure non exprimée » déclare la vendeuse-psychiatre extralucide qui en moins de cinq minutes semble avoir cerné le problème. Psychologie et voyance même combat.

« Une colère intérieure non exprimée » : ce qu’il y a de bien dans ce genre de concept surgelé, à réchauffer au micro-ondes, c’est qu'il peut être servi à n'importe qui et à toutes les sauces. Car rares sont ceux qui sont tombés durant leur enfance dans une marmite de Prozac magique et vivent depuis dans une totale béatitude. Je n’ai jamais cru à la « cool attitude » de façade des néo-babas et des branchés yoga. Allez, bas les masques les gars, enlevez vos perruques dread locks et vos justaucorps new-age ça ne prend plus.
Face à la vendeuse-psychiatre –au sens commercial surdéveloppé- La bobo a beau connaître le B.A.-BA du bio sur le bout des doigts, elle encaisse le choc. Si elle avait su, toutes ces heures perdues sur le divan en analyse… Et oui, dans ce nouveau monde du « toi aussi tu peux le faire » 1, les Freudiens les plus fins se cachent désormais dans des voitures tuning, dans des costumes de ménagères de moins de 50 ans ou sous les traits d’une meilleure copine grande amatrice de la rubrique courriers des lectrices de la presse féminine. Ouvrons l'oeil. Et les diplômes ? Mais quels diplômes ? C’est d’un ringard… Un petit « Ca se discute » matin, midi et soir doublé d’un « Confessions intimes » à haute dose le week-end et nous voilà qualifiés, prêts à asséner nos vérités, LA vérité.
Touchée, coulée. La bobo finit par avouer : « je ne suis pas en colère mais j’ai peur des autres ».
Bien, bien, bien.
Ça fera 85 € madame* (*suite à de nombreux abus, la maison n’accepte plus les chèques, merci de votre compréhension).

1« Toi aussi tu peux le faire » : devenir une star du R’N’B, ouvrir un blog, baver devant l'I-phone. Être comme tout le monde : toi aussi tu peux le faire ! Just do it, quoi.


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12 octobre 2007

N'oublie pas que tu n'es personne

cerfsouhaitantgarderlanonymat

L’histoire pourrait commencer à peu près comme cela, tout en finesse, à la manière d’une bande originale d’un blockbuster made in USA :
dans la jungle urbaine subsiste un monde à part. Un monde 1 où les convenances sociales n’existent plus, où démonter l’épaule d'une mémé n’est plus tabou, où casser le bras d’un enfant afin de se frayer un chemin n’a rien de choquant, où les coups de sacs sont aussi nombreux que les coups bas. Un monde 2 féroce où costards-cravates, « tecktonikeurs », ados méchamment mécheux, minettes en leggings, vraies riches en vrais Hermès et fausses riches en faux Vuitton partagent la même devise : tous dans la même galère et chacun pour soi.

Pour mettre un pied dans ce monde-là, pas besoin de s’appeler Bruce Willis, d’être chargé de sauver le monde, d’enfiler une combinaison de cosmonaute puis de se diriger au ralenti –l’air vaguement contrarié- vers sa fusée. Non, ce monde existe sur terre et il a même un nom : transports en commun.

N’étant pas imposable sur la fortune et n’ayant jamais maîtrisé l’art délicat du créneau, je fréquente assidûment bus et métros. Plus par défaut que par envie, on l’aura compris. Sous le régime de la communauté, j’ai donc le temps d’observer mon prochain, cet être débordant d’amour et d’agressivité. Ma grand-mère me disait toujours : "ne t’approche pas trop près de la gueule de Loulette 3, ce n’est qu’une bête, elle pourrait te mordre". Le matin, les rames du métro sont remplies de bêtes féroces de mauvais poil, insatisfaits de leur vie de chien. Prudente, je reste à distance. Rectification : je reste dans mon petit coin, écrasée contre la porte, recherchant désespérement un peu d’oxygène, les naseaux grands ouverts dans ce wagon à bestiaux.

Combien de néophytes ai-je vu se faire piétiner au moment de monter dans la rame ? Dans le monde des transports en commun, les places sont une denrée rare. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Mais coûte que coûte tout le monde tente sa chance. C’est comme la super méga hyper cagnotte de l’EuroMillions : "on ne sait jamais". Tous les coups sont permis. Bousculades, volte-face diaboliques de dernière minute 4, jetées de sacs de la dernière chance pour tenter de se réserver un bout de siège, intimidations, tentatives d’apitoiement 5. Le statut social ne compte plus. Les grands n’ont plus que des prénoms, les VIP se confondent avec les VRP, personne n’est plus personne, les Playmobils sont interchangeables, l’anonymat est souverain.
J’ai pu le constater dernièrement en voyant un monsieur très important de « l’art contemporain conceptuel tu peux pas comprendre », se faire malmener sans ménagement par une maman avec poussette bien décidée à reposer ses jambes fatiguées de femme au bord de la crise de mère. Poli, il a esquissé un discret pas de côté, seul être civilisé noyé au milieu d’une horde de robots obsédés par la même idée fixe : sauter au plus vite dans leurs pantoufles et redevenir humains, enfin.
Il avait l’air un peu perdu, petit roi déchu le temps d’un trajet dans le bus machin de la ligne truc bidule.
Règle n°1 dans les transports en commun : n’oublie pas que tu n’es personne.

1 Technique dit de la répétition plus communément appelée la technique du « quand tu ne sais pas comment bien amorcer ta phrase, répète ça marche toujours ».

2 Nota bene : et oui, la double répétition marche aussi.

3 Au passage : spéciale dédicace à Loulette (un croisé berger allemand très dévoué). Loulette, si tu nous regardes.

4 Vous pensiez que je n’allais pas m’asseoir ? Et bien SI ! (rire démoniaque)

5 Pitié, j’ai une carence en fer.

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16 septembre 2007

Les monologues de machin

blablabla

C’est un genre de conversation à haut risque, que l’on redoute, que l’on fuit ou que l’on tente d’abréger faute d’avoir su éviter le pire. A parle à B mais B ne répond pas. Logique, A parle pour deux et s’accorde quelques pauses, à intervalles réguliers, pour respirer. De son côté, B, en apnée, se raccroche à l’idée que les secours –une tierce personne, un tremblement de terre, une attaque nucléaire, Britney Spears, des soldes de -80% chez Chanel- finiront bien par mettre un point final à ce flux ininterrompu de verbes, de mots et de détails en pagaille. En vain, le guet-apens devient entrevue et s’étire, à n’en plus finir. Les secondes sont des minutes, chaque phrase supplémentaire un supplice. Petite pensée intérieure : « Dieu, je t’en conjure, -on se tutoie c’est plus sympa, non ?- aide-moi». En attendant il s’agit de garder le cap, résister à cette envie tenace de fermer doucement les paupières, hocher la tête pour garder la face et signifier à son interlocuteur, moulin à paroles par temps de grands vents, que je suis toujours vivante et –pire- intéressée par ses dires. « Hum, hum », « c’est vrai », « ah oui ? » sont les seuls lambeaux de mots que je parviens à caser dans une conversation déjà boudinée d’adjectifs. Dans ces cas-là, on sait quand on embarque mais jamais quand et même si on reviendra.


Ci-gît machin, noyé sous un flot de paroles.
Ici repose machine, disparue dans un océan de métaphores.


L’échange unilatéral est un concept indémodable.
Parler, parler, parler, parler, sans s’arrêter, c’est du temps en moins passé à s’angoisser.
À défaut de captiver les foules par leur charisme naturel, les plus désespérés sortent donc l’artillerie lourde :
CECI EST UNE PRISE D’OTAGE, MERCI DE BIEN VOULOIR LA BOUCLER ET M’ÉCOUTER. MERCI.
Alors, je/tu/nous, peuple silencieux, écoutons, euh, subissons. La politesse me, vous tuera. Ce type de traquenard peut prendre différentes tournures, plus ou moins supportables :


Le récit chronologique et détaillé.
La situation, en une phrase et une seule
: mon interlocuteur a vu un bon film hier soir au cinéma et compte bien me livrer son avis de critique autodidacte autoproclamé le plus doué de sa génération.
J’ai en face de moi une sorte de monstre doté d’une mémoire éléphantesque, maniaque du presque rien qui change tout. Aucun détail ne me sera épargné : la marque du pull que porte le héros, la couleur des yeux du chien de bidule (la copine du type que la fille (mais quelle fille? On ne le saura jamais) croise dans la rue un jour de pluie à Paris), les formes des fleurs du papier peint de l’appartement du frère du beau-frère de la belle-sœur de l’héroïne (elle s’appelle Carole la belle-sœur), le prénom du collègue de boulot (il s’appelle Christophe le collègue) de la fiancée du héros (détail qui s’avérera au final pas si important puisque cette dernière (la fiancée du héros pas la belle-sœur) « meurt au début ») en passant par les états d’âme de la guest star du film « qui a pris un sacré coup de vieux, tu trouves pas ? ». Je sais pas, j’ai pas vu ton film à la con, oublie-moi, tais-toi, crotte de bique, zut, flûte et re-flûte. Je me suis contentée d’écouter religieusement, feignant l’étonnement, la peur, l’impatiente du suspense à venir. Bah oui et le vernis social, bon sang, vous en faites quoi ? Le plus triste dans l’histoire c’est que je n’ai jamais su comment se prénommaient les acteurs principaux.


Le récit énervé, énervant et décousu.
La situation en une phrase et une seule
: mon interlocuteur sort d’une violente dispute avec machine, une sale *bip* a qui elle aimerait bien faire la peau et compte bien me le faire savoir.
Punching-ball sur talons, j’en prends plein la tête, après coup. « Et tu sais pas ce qu’elle m’a dit ? », « Et tu sais pas ce que je lui ai répondu ? ». Non, je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. Elle refait le match, je compte les points. 1 partout. 5 longues minutes plus tard, je suis déjà KO debout. Pincez-moi, que je rêve un peu. Bouche close, en mon for intérieur je boucle mes valises. Direction, des contrées plus silencieuses.


Le récit carte postale un peu jaunie
La situation en une phrase
: mon interlocuteur tient à me faire partager d’anciens souvenirs de vacances mémorables. En théorie, c’est bien. En pratique nettement moins.
Façon séance diapos, il m’explique tout par le menu, creusant dans le sable à la recherche d’anecdotes légendaires. Lui sur un dromadaire, lui dans un village, lui à une terrasse, lui qui a bien rigolé avec un gars du coin, vraiment sympa et tellement « pittoresque ». Il fait son guide du routard. Je préfère sauter en marche.


À défaut de pouvoir en placer une, j’ai trouvé LA solution : j’écris.


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05 septembre 2007

Chiant-issime

mauxcomptenttriple

C’est à la fin qu’il fait généralement son entrée, bon gros gâteau à la crème qu’on ne peut pas bouder, politesse oblige. Certains, au contraire, préfèrent en faire un amuse-bouche difficile à digérer, du genre à vous couper tout appétit social, d’un coup. Superlatif spectaculaire, le « issime » se sert à toutes les sauces. C’est bien là le problème. Chic-issime, urgent-issime, cult-issime : aguicheurs, les « issime » sont les Britney et les Paris de la grammaire. Tendez l’oreille, ouvrez l’œil, ils sont partout. Depuis quelque mois, je les collectionne précieusement. Parmi mes plus belles pépites :
« Cette robe, elle est juste sublissime » piaille une fille à frange à sa copine, dans un rayon, elle aussi membre de la « frange connection ».
« Oh, tu sais moi pendant les soldes, j’ai juste craqué pour un top simplissime » hulule dans un TGV une cadre dynamique à sa copine à l’autre bout du fil.
Autre inconvénient avec les « issime », ils ne vont pas pianissimo. Au contraire, jour après jour, ils gagnent des points sur le terrain du vocabulaire n’hésitant pas à corrompre des mots jusque-là sans histoire. Exemple : sobre + issime = sobrissime. Je les guette, tapis dans l’ombre d’un verbe, susceptibles de surgir au détour d’une phrase bien sous tous rapports. Au restaurant à la table d’à côté, devant la machine à café, dans la rue, dans un dîner : le « issime » ne s’invite pas, il met les deux pieds dans le plat. Accessoire à la mode, j’en ai vu certaines le trimballer dans leur sac à main en toutes occasions, prêtes à dégainer ce nouveau tic de langage plaqué toc. « Nulissime », « géantissime »… Un blanc dans une conversation ? Allez, hop, on comble le vide à la va-vite, on jette de la poudre aux yeux à coup de double « s ». C’est l’avantage : le « issime » fait toujours son petit effet. Quelles seront ses prochaines victimes ? J’ai quelques idées de nouveaux hybrides :
- « viril » + « issime » = virilissime. Définition : homme qui a le « mâle » en lui et tous les signes extérieurs qui vont avec. Torse de Ken, brushing de Ken, sourire rassurant du Ken. Un bonhomme, quoi, un vrai, avec des mâchoires carrées.
- « lucide » + « issime » = lucidissime. Définition : se dit d’une personne « sur-réaliste ».


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20 août 2007

SLIMilitude

slimilitude

Il y a des sujets graves dont on ne parle jamais. Au JT, dans les journaux, rien, nada. C’est l’omerta. Et pourtant dans la rue, je constate quotidiennement les dégâts. Personne n'ignore les ravages du jean slim parmi la population masculine mais tout le monde préfère détourner le regard, par pudeur, par gêne, parce que « c’est comme ça » 1. Confiante, je pensais, au départ, que ce ne serait qu’un épiphénomène, tout au plus un snobisme, réservé à Karl L., sexagénaire transgénique moulé dans une taille 12 ans et aux baby rockers un brin poseurs, s’affichant en slim et Ray-Ban en attendant de devenir des stars, des vraies. À cette époque, je claironnais : « le jean slim pour hommes, ça ne marchera jamais ! », le tout ponctué d'un petit rire moqueur. C’est ce que prédisaient également les ringards au moment de l’ascension d’un certain Elvis, dit the pelvis. J’aurai dû me méfier, il ne fait pas bon jouer les prédicateurs du dimanche.
Du papier glacé au papier journal, échappé des podiums, le slim est descendu dans la rue. Il colle désormais à la peau des hommes du peuple. Le mâle est fait, comme un rat. Comment tout a basculé ? Mystère. La mode masculine échappe à toute logique, son histoire en témoigne. En peau de bête dans les cavernes, en toge dans l’Antiquité, en collant au Moyen Âge, en perruque à Versailles, en mocassins à glands dans les années 50, en pantalon feu au plancher au temps des yéyés, sur des chaussures plateformes dans les seventies, en survêtement fluo dans les années 80… Depuis la nuit des temps, les hommes, mal dans leurs fringues, se cherchent 2. Pire, et s'ils n'étaient finalement que des innocents, proies toutes désignées de stylistes machiavéliques, se plaisant à les affubler de serpillières et autres guenilles asymétriques ? La théorie se tient, j’ai des preuves 3. Dans le genre complot international sponsorisé par Vogue Hommes. Ce serait donc cela le fameux mystère masculin. Egoïste que j’étais, trop occupée à passer et re-passer en revue ma penderie, je n’ai jamais vu/voulu voir la vérité en face. Nez à nez avec une invasion de jeans slim, la souffrance vestimentaire au masculin me saute aujourd’hui aux yeux. Trop tard. Les petits, les grands, les maigres, les gros : les hommes, brebis égarées dans l’univers impitoyable du style, l’ont adopté, les yeux fermés. Problème, moi, je les ai grands ouverts.
Je garde en tête l’image de ce jeune homme à la carrure de rugbyman, la mèche au vent négligemment domestiquée –l’air de rien-, la paire d’Aviator sur le nez en ce jour de grisaille, et ses deux jambes –ma foi robustes- boudinées dans un de ces pantalons de torture, prêt à craquer, sous toutes les coutures. À son arrêt, sans doute persuadé d’avoir trouvé son style, THE style, il s’est levé avec l’aplomb de ceux qui se pensent au-dessus du lot. Derrière la vitre, je l’ai regardé marcher, toujours aussi fier de son achat. Vu de loin, son jean avait désormais l’aspect d’un collant. De ma place, j’aurais d'ailleurs juré qu’il revenait d'un cours de fitness.
Conclusion :
Sauvez les hommes, dites non au slim !

1 C’est comme ça : expression de secours à servir en cas d’absence de répartie. À noter : le « c’est comme ça » se marie très bien avec un « et puis c’est tout ». Ce qui donne au final : « C’est comme ça... (prendre une expression mi-résignée, mi-digne à la Gabin)… Et puis c’est tout ». Magique !

2 Il/elle se cherche : formule de politesse enrobant d’un voile pudique la vérité, la vraie : Il/elle n’a aucun goût et n’en aura jamais.

3 J’ai des preuves accablantes. Ici

sansslim

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12 août 2007

Dans la vraie vie, je suis la fille cachée de Bruce Lee

appelezmoibruce


J’en ai déjà déboîté des mâchoires, cassé des nez et brisé menu menu des genoux et des réputations… Dans mes rêves. La moindre parole de travers, un geste déplacé, et ça part, c’est plus fort que moi. Et paf ! Et vlan ! Et pourtant… « Très calme, voire réservée » : au collège sur mon carnet de correspondance, je faisais bien pâle figure. C’était sans connaître ma vraie nature. Car la nuit, dans mon lit, une fois endormie j’ai généralement la claque facile. « By night » en pyjama pilou, on dirait pas comme ça mais j’en ai déjà fait chauffer des cartes vitales. « J’extériorise ma violence » me dit « Psycho pour gogo » magazine. Ce serait donc cela : la nuit, en rêve, je laisse s’exprimer mes pulsions de bad girl qui n’ont pas pu être libérées le jour J, à l’instant T. Parce que je suis bien élevée, parce que je suis une fille, parce que mes bras ont le diamètre d’une baguette de pain, parce que je déteste la violence, en théorie et dans la pratique. Et puis parce que je suis un peu lâche aussi, comme tout le monde. La nuit tombée, l’heure de la vengeance peut enfin sonner. Et puis rêver au lieu d’agir, c’est pas pareil. On ne contrôle pas ces choses-là. « J’extériorise », voyez-vous, « je sublime », j’ai des excuses, quoi. Tous les gros lourds 1, croisés un jour de déveine, sont alors susceptibles d’en prendre pour leur grade. À commencer par mon voisin du dessus, mon Richard Clayderman rien qu’à moi qui, tôt le matin le week-end et tard le soir en semaine, me ravit de ses petites impros au piano. Tellement persuadé de son talent inné, ce prodigue autodidacte a définitivement effacé de ses priorités artistiques tout soucis de mélodie. Hélas pour lui, triple hélas pour moi, Mozart comme métier, c’est déjà pris. Dans la vraie vie, j’ai signalé –calmement- à ce pianiste conceptuel que je n’étais pas trop amatrice d'envolées lyriques, et ce particulièrement entre une et deux heures du matin. En vain. La vérité c’est que je rêve d'arracher -calmement et une à une- les touches de son piano, histoire d’aller au bout de ma démarche d’extériorisation. La nuit, tout est permis.
Sur ma « black list » de redresseuse de torts nocturne, il y aussi le type du métro, serial lover des souterrains draguant et insultant dans la foulée, habitué à faire les questions et les réponses. « Tu veux venir prendre un verre, hein, dis ? »… Pas de réaction du côté de la principale intéressée… « Ouais, c’est ça va te faire *bip*, sale *bip* 2». Moi et mes bras en forme de baguettes de pain n’avons rien osé répliquer, préférant passer notre chemin comme si de rien n’était, drapés dans notre dignité. L’indifférence est pire que la haine paraît-il. Certes. Mais en attendant il y a des bonnes baffes qui se perdent. Petite, j’admirais Farah Fawcett, drôle de dame au célèbre brushing insolent et invincible, capable de faire mordre la poussière à un sale type 3 en une seule prise de karaté, le tout sur talons aiguilles, en jean pattes d’eph ultra moulant et sans jamais se casser un seul de ses ongles manucurés. La grande classe. Bon, je vous laisse, je dois aller faire une petite sieste.

1 Pour entrer dans cette catégorie, il suffit de déblatérer des blagues de blondes à longueur de journée, d’adorer l’humour de Cauet, de savoir décapsuler une Heineken avec ses dents et d'en tirer une grande fierté.

2 *biiiiiip*

3 Le sale type est très facile à reconnaître dans l’imagerie made in Amérique des seventies : des petits yeux brillants voire vicelards, une mine patibulaire, une barbe de trois jours, une démarche post Far West et une diction qui laisse à désirer. Un sale type, quoi. À noter que sa présence est généralement subtilement signalée par une petite musique vaguement inquiétante


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