ça sent pas la rose

Ceci n'est pas un vrai blog de fille. De toute façon j'ai jamais su faire les bracelets brésiliens.

14 décembre 2007

Un concept très vendeur

marchandeur

Et toi qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand(e) ? Dans le secret de leurs petits bouts de papier à carreaux seyes, certains se seraient bien vus devenir médecins, mannequins, présidents, ministres ou, plus rarement, bons à rien mais heureux en tous points. Pour ma part, j'avais d'abord brièvement (mais sérieusement) envisagé d’épouser la carrière de coiffeuse vers l’âge 5 ans (j’aimais l’odeur du shampoing, les cancans et les casques chauffants). Et puis après avoir réalisé que mon futur statut social de diva du brushing m'obligerait à cotoyer des poux et des teignes sur talons aiguilles, il me fallut songer à une reconversion avant l'heure. Deux ans plus tard ce fut la révélation : dans le rayon des paquets de céréales de l’hypermarché du coin, entre Choco Pops et Chocapic, je me trouvais à un Carrefour de mon orientation professionnelle. Cette fois, c'était décidé, je voulais devenir vendeuse. « Mais pourquoi ? » me demanda à l’époque, l’air moqueur, un pédiatre pas très psychologue. « Pour ranger des choses ». Ma chambre puis mon appartement ont toujours été des zones de libre expression du désordre ambiant mais plus à une contradiction près, je rêvais donc à 7 ans de « ranger des choses ». Aligner les bocaux de petits pois, classer les CD par ordre alphabétique, pousser la maniaquerie au rayon fruits et légumes en rangeant les pommes en pyramide (voir la pub de Ferrero Rocher, la fête chez l’ambassadeur, pour comprendre). Je ne souhaitais pas rentrer dans les ordres mais simplement le faire régner. Dieu, la vie, ma mère, la société et moi en avons décidé autrement. Je ne suis finalement pas devenue vendeuse mais pour cause professionnelle je fréquente assidûment les boutiques. J’ai donc un alibi pour observer ceux qui aujourd'hui, à l'ère du « payer en 8 fois sans frais ou presque, voir l'astérisque en bas de la page » et du « satisfait ou de toute façon pas remboursé », exercent ce dur métier.

Cas n°1 : la « team » de vendeuses hystériques qui aimeraient bien qu’on devienne « friends » (et si je dégaine ma CB, c’est encore plus « cool »).

« Cette petite veste est top sur moi». C’est l’équipe de vendeuses en sitting devant ma cabine d’essayage qui le dit. Enfin c’est ce que j’ai cru lire sur les lèvres de l’une d’elles car la musique est à son maximum, à « donf » quoi. Je suis dans une boutique de jeunes et les jeunes aiment écouter les derniers tubes electro à fond. Le cliché est tel qu’il mériterait bien une petite photo souvenir. Dites « cheese ! ». « Le jeune » est une marque déposée, protégée par l’INPI, Institut National de Pauvreté Intellectuelle. Un coup d’œil dans la glace, je constate que je suis un peu trop boudinée dans mon socio-type. Entre jeunes, on se comprend. Bah, non justement. Au fait le prix de la veste ? 350 € en 100% coton. Un détail puisque qu’ici on est entre amis. Ça fait du bien de se sentir en terrain conquis.

Cas n°2 : la Lucky Luke du prêt-à-porter qui te suit entre les portants plus vite que ton ombre.

Elle ne me lâchera pas, je suis sa nouvelle proie. Le moindre de mes gestes est suivi d’une remarque encourageante. « Le violet, oui, c’est très tendance cette année ». « On le vend très bien ce modèle », « vous voulez le passer ? », « nous l’avons également en pistache, aubergine, framboise… ». Elle dresse la liste, commence alors le supplice. Chacune campe sur ses positions. J’avance à pas chassés, elle fait de même. Je furète, elle me suit. Je fonce, elle tient la cadence. Une vraie lutte psychologique. Je feins d’ignorer son petit manège, elle espère coûte que coûte pouvoir me mener en bateau. Je jette finalement l’éponge ou plutôt la serpillière –un pull beige en cachemire- et me dirige vers la sortie. Score final : 0-0.

Cas n°3 : le vendeur de musique (DJ à ses heures) qui attend la gloire derrière son comptoir.

Entouré de ses collègues/potes en gilets vert sapin et or (indice subliminal), il rigole, parle fort, peste contre des clients imaginaires quand un CD n'est pas à sa place et décroche, à l'occasion, son téléphone, fatigué d'avance. Les malotrus qui cherchent la dernière compil’ de Franck Michaël sont priés d'aller voir chez André Rieu et Yvette Horner s'il y est. Des téméraires se risquent tout de même à lui demander des renseignements. « Vous cherchez ? » hulule t-il en frappant rageusement sur son clavier. « Le dernier Lorie, c'est pour ma fille » lâche dans un souffle, vaguement gêné, l'intéressé. Ah, le sadique.

Notez que ce cas n°3 fonctionne aussi au rayon hi-fi, informatique, littérature ou philosophie.
Je termine par un hommage rendu à une personne du troisième âge que j’ai un jour entendue demander à l’un de ces vendeurs en gilets vert et or :
Elle : - vous avez le dernier Foucault ?
Lui : - quel titre ?
Elle : - je ne sais plus, je l’ai vu à la télé.
Lui : - le philosophe ?
Elle : - non, Jean-Pierre Foucault l’animateur.

L'espace d'un instant, cette inconnue a été la comique la plus douée de sa génération.

COUPURE PUBLICITAIRE A PEINE MENSONGÈRE :
Vous pouvez aussi aller là-bas, sur POST HIT, un blog garanti avec des hommes torses nus et des femmes presques nues. A voir quoi.

MERCI DE VOTRE ATTENTION.


Posté par Rosa Rose à 13:06 - Commentaires [14] - Permalien [#]

Commentaires

    Toi, t'aimes pas les vendeuses. Y a du refoulement là-dessous. Il n'est pas trop tard, tu sais.

    Posté par fanette, 14 décembre 2007 à 13:01
  • Tu oublies le cas n°4 :

    La vendeuses de boutiques ultra hype d'la mort (un truc qui rime avec salepig et mégère), que quand t'arrives elle tire une tête de douze pieds de long comme si elle savait déjà que ne tronait pas une Amex Black dans ton portefeuille, et qui quand tu lui demandes le prix d'un pull, plutôt que de te répondre simplement, elle ricane (véridique !!).... La pioute... Ca m'est arrivé la semaine dernière, j'ai compris toute le pathétisme du personnage de Julia dans Pretty Woman, sauf que mon Richard Gere à moi ne roule pas en BMW... Mais un jour je me vengerai, oh oui, un jour je me vengerais...

    Posté par Mamzelle Soso, 15 décembre 2007 à 11:00
  • Moi quand j'étais petite je voulais faire femme de ménage, délire de faire les vitres. Ca m'a passé depuis, curieusement ! La vendeuse du cas n°2, en général je lui dis des trucs très méchants, j'aime pas qu'on me colle. Ou alors je la regarde fixement sans un mot, longtemps, je hausse les sourcils, et je sors.

    Posté par Lila, 15 décembre 2007 à 14:28
  • Moi aussi je voulais "ranger des choses".
    Mais pharmacienne, parce que je voyais les pharmacienne ranger-prendre des boites, décoller-coller des étiquettes. Trop l'éclate.

    Finalement je fais des études en management. Je vais peut être finir dans l'univers de la pub. Mon rêve : le packaging. Je m'y retrouve un peu, en fait. Non ?

    Posté par Laetitia, 22 décembre 2007 à 18:34
  • cynisme froid

    ma soeur voulait faire clocharde...


    Au volant d'une ferrari. (on a jamais su quoi repondre à ca...)

    Posté par coin, 08 janvier 2008 à 19:36
  • ben dis, t'es ou???

    Posté par Ma, 06 février 2008 à 20:05
  • J'adore ! Excellent ici ^

    Posté par __Anne__, 11 février 2008 à 08:16
  • Ce n'est pas parce que j'ai oublié de commenter qu'il faut en profiter pour se la couler douce !!!
    Une note !!!

    Posté par David, 28 février 2008 à 23:42
  • Je voudrais pas faire l'emmerdeuse de service mais, ça manque de note par ici ! Quand est-ce qu'on te lit ?

    Posté par Nina, 29 février 2008 à 10:59
  • Aha.

    Dans oublier le mix des 3: La vendeuse qui te colle, qui quand tu essayes te dis "WOA C'est TROP degaine han", et qui te meprise parce que tu connais pas Marithe+ Francois Girbaud.


    Je aime beaucoup ton bloug.

    Posté par drenka, 06 mars 2008 à 18:16
  • C'est quand le prochain pooooost ?

    Posté par __Anne__, 09 avril 2008 à 14:11
  • pareil qu'anne, ca commence à bien faire cette inactivité! Allez, on prend ses doigts, son clavier, et on nous fait un beau post tout neuf!

    Posté par Jack Larsen, 19 mai 2008 à 15:41
  • Bonjour

    Tout comme Coyote des Neiges, vous lire est un plaisir véritable que je recommande à tous. Grand départ au tout début en 2004 alors si vous n'écrivez pas tout de suite, ce n'est pas dramatique car j'ai trois ans à reprendre... à bientôt.

    Posté par Fredesk, 19 juin 2008 à 05:11
  • Maginfique

    Tout simplement. Ca fait plaisir de tomber de temps à autres sur des blog agréable et bien écrit ou on peu passer un bon moment pour lire la première page. Merci.

    Posté par Paskaven, 09 octobre 2008 à 20:57

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