ça sent pas la rose

Ceci n'est pas un vrai blog de fille. De toute façon j'ai jamais su faire les bracelets brésiliens.

12 octobre 2007

N'oublie pas que tu n'es personne

cerfsouhaitantgarderlanonymat

L’histoire pourrait commencer à peu près comme cela, tout en finesse, à la manière d’une bande originale d’un blockbuster made in USA :
dans la jungle urbaine subsiste un monde à part. Un monde 1 où les convenances sociales n’existent plus, où démonter l’épaule d'une mémé n’est plus tabou, où casser le bras d’un enfant afin de se frayer un chemin n’a rien de choquant, où les coups de sacs sont aussi nombreux que les coups bas. Un monde 2 féroce où costards-cravates, « tecktonikeurs », ados méchamment mécheux, minettes en leggings, vraies riches en vrais Hermès et fausses riches en faux Vuitton partagent la même devise : tous dans la même galère et chacun pour soi.

Pour mettre un pied dans ce monde-là, pas besoin de s’appeler Bruce Willis, d’être chargé de sauver le monde, d’enfiler une combinaison de cosmonaute puis de se diriger au ralenti –l’air vaguement contrarié- vers sa fusée. Non, ce monde existe sur terre et il a même un nom : transports en commun.

N’étant pas imposable sur la fortune et n’ayant jamais maîtrisé l’art délicat du créneau, je fréquente assidûment bus et métros. Plus par défaut que par envie, on l’aura compris. Sous le régime de la communauté, j’ai donc le temps d’observer mon prochain, cet être débordant d’amour et d’agressivité. Ma grand-mère me disait toujours : "ne t’approche pas trop près de la gueule de Loulette 3, ce n’est qu’une bête, elle pourrait te mordre". Le matin, les rames du métro sont remplies de bêtes féroces de mauvais poil, insatisfaits de leur vie de chien. Prudente, je reste à distance. Rectification : je reste dans mon petit coin, écrasée contre la porte, recherchant désespérement un peu d’oxygène, les naseaux grands ouverts dans ce wagon à bestiaux.

Combien de néophytes ai-je vu se faire piétiner au moment de monter dans la rame ? Dans le monde des transports en commun, les places sont une denrée rare. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Mais coûte que coûte tout le monde tente sa chance. C’est comme la super méga hyper cagnotte de l’EuroMillions : "on ne sait jamais". Tous les coups sont permis. Bousculades, volte-face diaboliques de dernière minute 4, jetées de sacs de la dernière chance pour tenter de se réserver un bout de siège, intimidations, tentatives d’apitoiement 5. Le statut social ne compte plus. Les grands n’ont plus que des prénoms, les VIP se confondent avec les VRP, personne n’est plus personne, les Playmobils sont interchangeables, l’anonymat est souverain.
J’ai pu le constater dernièrement en voyant un monsieur très important de « l’art contemporain conceptuel tu peux pas comprendre », se faire malmener sans ménagement par une maman avec poussette bien décidée à reposer ses jambes fatiguées de femme au bord de la crise de mère. Poli, il a esquissé un discret pas de côté, seul être civilisé noyé au milieu d’une horde de robots obsédés par la même idée fixe : sauter au plus vite dans leurs pantoufles et redevenir humains, enfin.
Il avait l’air un peu perdu, petit roi déchu le temps d’un trajet dans le bus machin de la ligne truc bidule.
Règle n°1 dans les transports en commun : n’oublie pas que tu n’es personne.

1 Technique dit de la répétition plus communément appelée la technique du « quand tu ne sais pas comment bien amorcer ta phrase, répète ça marche toujours ».

2 Nota bene : et oui, la double répétition marche aussi.

3 Au passage : spéciale dédicace à Loulette (un croisé berger allemand très dévoué). Loulette, si tu nous regardes.

4 Vous pensiez que je n’allais pas m’asseoir ? Et bien SI ! (rire démoniaque)

5 Pitié, j’ai une carence en fer.

Posté par Rosa Rose à 19:54 - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

    Le métro, c'est la plus belle invention du monde. Avec ou sans mp3, j'aime à observer tous les matins mon prochain, coincé dans sa conserve supersonique, collé à la vitre ou posant négligemment sa chaussure sur le fauteuil d'en face.

    Posté par alexia., 18 août 2008 à 00:04
  • Tellement merveilleux métroland

    Enfin... à (très) petites doses (même homéopathiques c'est encore de trop)

    Heureusement il reste busland... quoique.

    Mais bon, une petite grève va bientôt nous sauver de ces combats de gladiateurs improbables !

    Posté par David, 12 octobre 2007 à 22:57
  • Mais heureusement, pour devenir quelqu'un il suffit d'entrer dans le monde féodal de l'automobile. Chaque conducteur, seigneur incontesté de l'espace qu'il prend (plus c'est gros mieux c'est), a le droit au respect qu'il mérite, ou klaxonne, sinon.

    L'avantage certain, quand même, c'est qu'on n'a pas besoin de ruminer son "connard" en faisant mine de n'avoir rien vu, on peut le sortir sans aucune incidence.

    Posté par christophe, 13 octobre 2007 à 10:01
  • David> Ah oui c'est vrai j'avais oublié la grève... Une excuse en béton pour justifier mon retard systématique à tous mes rendez-vous.
    Christophe> C'est marrant... Ce matin, depuis ma fenêtre j'ai assisté à une bagarre entre deux quinquagénaires dégarnis en mocassins. L'un en bon gros 4X4, l'autre en petite Clio. Le second à grillé la prio au premier et ça a dégénéré en bagarre de rue avec des vrais coups de poing, des "connard !" et tout le bazar. Choquée, une mémé a crié, ils se sont calmés. Chacun est ensuite remonté dans son carosse pour poursuivre sa vie. Les "gens" sont formidables.

    Posté par Rosa Rose, 13 octobre 2007 à 18:46
  • Moi je dis, rien de telle qu'une balade à dos d'âne

    Posté par Alicepattes, 14 octobre 2007 à 10:43
  • sais pas trop, jamais pratiqué.

    Pourquoi? passque :
    1. dans mon village, le bus il a cassé, et puis la noireaude elle dit que notre carriole, au moins, elle risque pas de tomber en panne de fioul.
    2. mon chauffeur m'a dit qu'ils n'avaient meme pas de mini-frigo dans le compartiment passager du metropolitain.
    3. mon vélo ne fait jamais la greve, il se faufile partout, et me donne l'illusion d'entretenir ma condition physique.
    4. j'ai jamais reussi a passer un portique de metro sans me coincer dedans.

    Rayer les mentions inutiles

    Posté par coin, 14 octobre 2007 à 18:22
  • Alicepattes> Ah le retour aux bons vieux fondamentaux!
    Coin> je garde la réponse 3. Cela dit la 2 est pas mal du tout dans son genre. La 4 est bien aussi, je vois la scène d'ici interprétée par Pierre Richard... Mais je garde la 3. J'aime bien le "me donne l'impression d'entretenir ma condition physique". C'est tout à fait ça.

    Posté par Rosa Rose, 14 octobre 2007 à 21:28
  • Que du très bon par ici ! Quelle verve ! Vraiment bravo ! Je continue assidument ma lecture et te place immédiatement dans ma blogroll.
    Et merci pour le lien !

    Posté par Nina, 16 octobre 2007 à 13:14
  • Nina> je te retourne le compliment -que de politesses !-. J'ai découvert ton blog il y a quelques jours et je suis devenue une lectrice assidue. Et puis "pétasse capitaliste", ça c'est du titre bon sang de bon sang !

    Posté par Rosa Rose, 16 octobre 2007 à 13:56

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