20 août 2007
SLIMilitude

Il y a des sujets graves dont on ne parle jamais. Au JT, dans les journaux, rien, nada. C’est l’omerta. Et pourtant dans la rue, je constate quotidiennement les dégâts. Personne n'ignore les ravages du jean slim parmi la population masculine mais tout le monde préfère détourner le regard, par pudeur, par gêne, parce que « c’est comme ça » 1. Confiante, je pensais, au départ, que ce ne serait qu’un épiphénomène, tout au plus un snobisme, réservé à Karl L., sexagénaire transgénique moulé dans une taille 12 ans et aux baby rockers un brin poseurs, s’affichant en slim et Ray-Ban en attendant de devenir des stars, des vraies. À cette époque, je claironnais : « le jean slim pour hommes, ça ne marchera jamais ! », le tout ponctué d'un petit rire moqueur. C’est ce que prédisaient également les ringards au moment de l’ascension d’un certain Elvis, dit the pelvis. J’aurai dû me méfier, il ne fait pas bon jouer les prédicateurs du dimanche.
Du papier glacé au papier journal, échappé des podiums, le slim est descendu dans la rue. Il colle désormais à la peau des hommes du peuple. Le mâle est fait, comme un rat. Comment tout a basculé ? Mystère. La mode masculine échappe à toute logique, son histoire en témoigne. En peau de bête dans les cavernes, en toge dans l’Antiquité, en collant au Moyen Âge, en perruque à Versailles, en mocassins à glands dans les années 50, en pantalon feu au plancher au temps des yéyés, sur des chaussures plateformes dans les seventies, en survêtement fluo dans les années 80… Depuis la nuit des temps, les hommes, mal dans leurs fringues, se cherchent 2. Pire, et s'ils n'étaient finalement que des innocents, proies toutes désignées de stylistes machiavéliques, se plaisant à les affubler de serpillières et autres guenilles asymétriques ? La théorie se tient, j’ai des preuves 3. Dans le genre complot international sponsorisé par Vogue Hommes. Ce serait donc cela le fameux mystère masculin. Egoïste que j’étais, trop occupée à passer et re-passer en revue ma penderie, je n’ai jamais vu/voulu voir la vérité en face. Nez à nez avec une invasion de jeans slim, la souffrance vestimentaire au masculin me saute aujourd’hui aux yeux. Trop tard. Les petits, les grands, les maigres, les gros : les hommes, brebis égarées dans l’univers impitoyable du style, l’ont adopté, les yeux fermés. Problème, moi, je les ai grands ouverts.
Je garde en tête l’image de ce jeune homme à la carrure de rugbyman, la mèche au vent négligemment domestiquée –l’air de rien-, la paire d’Aviator sur le nez en ce jour de grisaille, et ses deux jambes –ma foi robustes- boudinées dans un de ces pantalons de torture, prêt à craquer, sous toutes les coutures. À son arrêt, sans doute persuadé d’avoir trouvé son style, THE style, il s’est levé avec l’aplomb de ceux qui se pensent au-dessus du lot. Derrière la vitre, je l’ai regardé marcher, toujours aussi fier de son achat. Vu de loin, son jean avait désormais l’aspect d’un collant. De ma place, j’aurais d'ailleurs juré qu’il revenait d'un cours de fitness.
Conclusion :
Sauvez les hommes, dites non au slim !
1 C’est comme ça : expression de secours à servir en cas d’absence de répartie. À noter : le « c’est comme ça » se marie très bien avec un « et puis c’est tout ». Ce qui donne au final : « C’est comme ça... (prendre une expression mi-résignée, mi-digne à la Gabin)… Et puis c’est tout ». Magique !
2 Il/elle se cherche : formule de politesse enrobant d’un voile pudique la vérité, la vraie : Il/elle n’a aucun goût et n’en aura jamais.
3 J’ai des preuves accablantes. Ici

12 août 2007
Dans la vraie vie, je suis la fille cachée de Bruce Lee

J’en ai déjà déboîté des mâchoires, cassé des nez et brisé menu menu des genoux et des réputations… Dans mes rêves. La moindre parole de travers, un geste déplacé, et ça part, c’est plus fort que moi. Et paf ! Et vlan ! Et pourtant… « Très calme, voire réservée » : au collège sur mon carnet de correspondance, je faisais bien pâle figure. C’était sans connaître ma vraie nature. Car la nuit, dans mon lit, une fois endormie j’ai généralement la claque facile. « By night » en pyjama pilou, on dirait pas comme ça mais j’en ai déjà fait chauffer des cartes vitales. « J’extériorise ma violence » me dit « Psycho pour gogo » magazine. Ce serait donc cela : la nuit, en rêve, je laisse s’exprimer mes pulsions de bad girl qui n’ont pas pu être libérées le jour J, à l’instant T. Parce que je suis bien élevée, parce que je suis une fille, parce que mes bras ont le diamètre d’une baguette de pain, parce que je déteste la violence, en théorie et dans la pratique. Et puis parce que je suis un peu lâche aussi, comme tout le monde. La nuit tombée, l’heure de la vengeance peut enfin sonner. Et puis rêver au lieu d’agir, c’est pas pareil. On ne contrôle pas ces choses-là. « J’extériorise », voyez-vous, « je sublime », j’ai des excuses, quoi. Tous les gros lourds 1, croisés un jour de déveine, sont alors susceptibles d’en prendre pour leur grade. À commencer par mon voisin du dessus, mon Richard Clayderman rien qu’à moi qui, tôt le matin le week-end et tard le soir en semaine, me ravit de ses petites impros au piano. Tellement persuadé de son talent inné, ce prodigue autodidacte a définitivement effacé de ses priorités artistiques tout soucis de mélodie. Hélas pour lui, triple hélas pour moi, Mozart comme métier, c’est déjà pris. Dans la vraie vie, j’ai signalé –calmement- à ce pianiste conceptuel que je n’étais pas trop amatrice d'envolées lyriques, et ce particulièrement entre une et deux heures du matin. En vain. La vérité c’est que je rêve d'arracher -calmement et une à une- les touches de son piano, histoire d’aller au bout de ma démarche d’extériorisation. La nuit, tout est permis.
Sur ma « black list » de redresseuse de torts nocturne, il y aussi le type du métro, serial lover des souterrains draguant et insultant dans la foulée, habitué à faire les questions et les réponses. « Tu veux venir prendre un verre, hein, dis ? »… Pas de réaction du côté de la principale intéressée… « Ouais, c’est ça va te faire *bip*, sale *bip* 2». Moi et mes bras en forme de baguettes de pain n’avons rien osé répliquer, préférant passer notre chemin comme si de rien n’était, drapés dans notre dignité. L’indifférence est pire que la haine paraît-il. Certes. Mais en attendant il y a des bonnes baffes qui se perdent. Petite, j’admirais Farah Fawcett, drôle de dame au célèbre brushing insolent et invincible, capable de faire mordre la poussière à un sale type 3 en une seule prise de karaté, le tout sur talons aiguilles, en jean pattes d’eph ultra moulant et sans jamais se casser un seul de ses ongles manucurés. La grande classe. Bon, je vous laisse, je dois aller faire une petite sieste.
1 Pour entrer dans cette catégorie, il suffit de déblatérer des blagues de blondes à longueur de journée, d’adorer l’humour de Cauet, de savoir décapsuler une Heineken avec ses dents et d'en tirer une grande fierté.
2 *biiiiiip*
3 Le sale type est très facile à reconnaître dans l’imagerie made in Amérique des seventies : des petits yeux brillants voire vicelards, une mine patibulaire, une barbe de trois jours, une démarche post Far West et une diction qui laisse à désirer. Un sale type, quoi. À noter que sa présence est généralement subtilement signalée par une petite musique vaguement inquiétante
06 août 2007
Le goût des autres
Ou "les autres ont-ils du goût?"
Il aura suffi d’une petite remarque, d’une légère intonation, d’un je-ne-sais-quoi de –peut-être- grimaçant pour semer le doute dans mon esprit. Humeur instable, avis changeant, à chacun sa petite météo personnelle. Et moi qui pensais avoir fait l’affaire du siècle : -50%, 100% soie. Malgré ma brouille originelle avec les mathématiques 1, ce jour-là les chiffres m’ont parlé, chuchoté à l’oreille que oui, c’est sûr, ma vie ne serait plus tout à fait la même une fois ce petit débardeur rose fuchsia rangé, à l’abris, dans ma penderie. Parenthèse, en passant : j’ai longtemps pensé qu’une bonne paire de chaussures pouvait changer les choses. Ne dit-on pas « repartir du bon pied » ? Erreur. Sur l’asphalte, les escarpins s’usent à grands pas et les espoirs s’essoufflent tout aussi vite 2. Bref, selon V., une amie, cet achat avait beau être 100% soie, il n’était pas 100% moi. Ah. Mais « moi » au fond, c’était qui exactement ?. Je pose la question. On me répond : « mais, ch’ais pas moi, toi quoi ! ». Le mystère s’épaissit. Expérience à tester : s’armer de fringues atroces (pour les hommes : un pull sans manches à carreaux jacquard vert olive associé à une chemise à maxi rayures et à un tricot de peau apparent fera l’affaire) et s’enquérir de l’avis éclairé de son entourage. Un « ah, oui c’est tout à fait ton style » vous permettra de tirer les conclusions nécessaires. Votre « moi » n’est pas très fréquentable. En clair : votre look -reflet de votre personnalité- craint. Pour résumer : vous craignez et ce sur tous les plans.
Le débardeur incriminé a donc rejoint tous les autres damnés de mon armoire : jean trop délavé, pull trop en col V, veste trop imprimée, une jolie pile de bons conseils. Et mon fameux « for intérieur » dans tout ça ? Ce n’est qu’un petit être faible. Heureusement avec le temps, les choses s’arrangent. On s’affirme. En douceur. J’en connais qui contre vents et marées, essuyant régulièrement quolibets et railleries, n’ont jamais abandonné leur lustre en vessie de porc. La standardisation ne passera pas par eux. Oui à la vessie ! Non au PVC ! Un exemple à suivre.
Face aux autres, il faut donc tenir bon, assumer son goût du kitsch, des caniches en faïence, des assiettes souvenirs et des chiens qui bougent la tête (toutes ressemblances, etc.). Être soi est un CDD perpétuellement renouvelable. Bien sûr, il m’arrive encore d’être torturée par des questionnements d’une profondeur abyssale (exemple : distingue t-on par transparence ma culotte sous mon nouveau pantalon). Dans ces cas extrêmes, je peux faire confiance à A., ma cadette, réputée pour ses avis sûrs et sans bavures. Une personne de confiance, du genre à ne pas ménager ses jugements. Oui/non. Ses verdicts sont sans appel. C’est une personne de goût 3. Comment reconnaître une personne de goût ? À l’instinct, au flair. Et puis il y a des indices qui ne trompent pas . Un CD de Bob Sinclar sur une étagère, l’intégrale de Marc Levy à portée de main, des bretelles de soutien-gorge franchement apparentes, un string qui dépasse –même très peu-, un marcel imprimé « Tony Montana » en lettres gothiques ou un chewing-gum mâché trop violemment… Dans ces cas-là, le doute n’est pas permis. Mieux vaut passer son chemin et s’accrocher vaillamment à son quant-à-soi.
Certains, au contraire, baissent les bras, préférant vendre leur âme à IKEA et suivre les préceptes de bibles féminines vendues à kiosque pour moins de deux euros avec tee-shirt griffé en cadeau. Commandement n°1 : cet hiver, tu ne porteras point de manteau (trop banal). Commandement n°2 : sur ta peau, tu mettras la nouvelle crème L’Oréol, à base poils de singe, d’huile de jojoba et de truffe de chien mort pour un effet tenseur/fresh/booster immédiat (ou de toute façon pas remboursé). Et parce que Brad Pitt se tartine la bouille chaque matin avec la crème à la rose du Dr Hauschkaaaah, il convient d’en faire de même dans sa modeste salle de bain.
Bon sang que la vie est belle sur papier glacée ! Il n’y a qu’à feuilleter les pages Soft Grey de La Redoute. Sourires complices, clins d’œil et moments de tendresse en pull 50% laine, 50% polyester. Pas de doute, ces gens-là sont heu-reux !
Pour transformer sa vie en page de catalogue, il existe une solution encore plus radicale : D&CO, émission de déco -ou film d’horreur, c’est selon- à déguster sur M6. Le concept, version caricature : des gens en dépression, persuadés de n’avoir aucun goût et d’être de toute façon bien trop faibles et méprisables pour faire leurs propres choix, confient leur intérieur –moche et sans personnalité, forcément, à leur image quoi- aux bons soins de M6, a qui l’on doit, ai-je besoin de la rappeler, le décor de Loft Story (premier du nom). Leur stratégie : on vire tout et on comble l’espace avec des meubles cheap -et même pas chic- et des stickers muraux. Car, sachez-le, un sticker permet « d’habiller une pièce » 4. Les cobayes ne sont jamais déçus. Faut dire qu’ils n’ont plus vraiment le choix. Il n’y a qu’à voir les petites étoiles qui brillent dans leurs yeux au moment de la scène finale. Ou peut-être est-ce la magie de la palette graphique ? C’est émouvant de découvrir son chez soi relooké en corner IKEA. Oh, le joli portrait de famille façon Pop Art au-dessus du canapé ! Ah, le lustre baroque à pampilles roses vu sur tous les plateaux de télé ! Vraiment « sympa » cette couleur caca d’oie dans la chambre. Merci M6, ça ne me ressemble pas du tout. C’est parfait, tout à fait ce que je voulais.
Dans le même registre, voir l’émission « un nouveau look pour une nouvelle vie » capable de transformer un informaticien boutonneux et looser en gars battant, sûr de lui et serial lover ou une femme au foyer négligée en poule de luxe oxygénée du cerveau. Une vraie cour des miracles.
Non, je ne regarde pas trop la télé. Je mène de front de nombreuses études sociologiques. Nuance.
1 Ma première interrogation en CP, un matin de septembre : calcul mental. Verdict : moins que zéro. La vie est injuste, n’en doutez plus.
2 LA paire de chaussures, l’ultime, la seule, du genre à évincer toutes les autres –du coup un peu minables- : voilà ce qui fait marcher les femmes.
3 Attention aux pièges. On peut être styliste et sans goût. Exemple : Donatella Versace.
4 « Habiller une pièce ». Le concept reste à ce jour mal défini.
03 août 2007
Le jour où j'ai déçu Barbie

Rose pour les filles, bleu pour les garçons.
La guerre des sexes commence en maternelle. À 3 ans, sonne l’heure des choix et le glas de l’insouciance. En cour de récré’, il s’agit de savoir avec qui « s’afficher », nouer –déjà- de vraies/fausses amitiés pour tenter d’être respecté. À 3 ans, on apprend à ne surtout jamais être soi. Trop dangereux. Dans cette société à échelle réduite, deux clans se distinguent et se défient. Les filles (signes distinctifs : des couettes et des jupes qui tournent) v/s les garçons (signes distinctifs : des coupes de cheveux pratiques et des vêtements pratiques ornés à l’occasion de morve séchée) 1. Entre eux, une atmosphère à couper au couteau. Dans le genre western, duel, musique lancinante et rivales de moins d’1 mètre 20 toujours prêts à dégainer. C’est le premier qui dit qui l’est. Adresser la parole à une personne du sexe opposé ? Arborer une couleur non réglementaire ? C’est prendre le risque de se voir attribuer le mauvais rôle de « bizarre » 2 de service, un être non sexué condamné à errer à la frontière des genres. Bizarre 2, quoi. Avant même d’avoir refourgué leurs dents de lait à la petite souris, nombreux ceux sont qui avait déjà tout perdu : amis, fierté, honneur, réputation. Passer le bac -à sable-, pour accéder aux classes primaires n’était pas une mince affaire.
Je me souviens de la petite Linda D., la coupe au bol, les genoux devenus rougeâtres à force de Mercurochrome, qui un matin de printemps, osa défier les Dieux de la mode en passant la grille du portail affublée d’un bermuda bleu vif. La sentence ne se fit pas attendre : jusqu’en dernière année de lycée, elle fut régulièrement qualifiée de « bonhomme », de garçon manqué ou pire… Qu’est-elle devenue ? Garagiste ? Sapeur-pompier ? Cantonnier ? On n’échappe pas si facilement aux clichés. Chez les garçons, le rose n’était pas encore l’étendard « fashion » que brandit aujourd’hui la tribu des mécheux rebelles à T-shirt rock H&M asphyxiant dans leurs jeans slim. L’équation était nettement plus simpliste. Porter la moindre touche de rose (doublures comprises) revenait à déclarer haut et fort : « Eh, oh, je suis un sous-homme, une femmelette, un dangereux déviant, crachez-moi dessus, faites-moi bouffer du sable et gâchez les plus belles années de ma vie, merci ». Oui, les enfants sont cruels entre eux.
En mode, la prudence était donc de mise. Par instinct de survie, je rejoignis le camp des filles. Et puis il faut avouer qu’en ce temps-là la gent masculine me laissait franchement perplexe. Aux concours de crachats ou de crottes de nez, aux sacrifices de coccinelles, aux feux de brins d’herbe allumés à la va-vite du fond de la cour, je préférais sans conteste les diadèmes en plastique, les déguisements de princesse, les rouges à lèvres cheap achetés au Prisunic et les têtes à coiffer. À cela il faut ajouter que, malgré quelques lacunes (qui se révéleront par la suite handicapantes), je disposais des acquis nécessaires pour faire partie des filles, des vraies. De celles qui (attention, ces critères sont non exhaustifs) :
- ont au moins 5 Barbie en leur possession Message d’avertissement : ceci n’est pas un vrai blog de fille. De toute façon j’ai jamais su faire les bracelets brésiliens. 1 Il s’agit de portraits-robots réalisés à l’emporte-pièce. 2 Par définition : qui ne rentre pas dans la norme. Exemple : Madeleine, la cinquantaine, le cheveux gras, assistante maternelle aux dents trop écartés pour être honnête, était considérée comme une personne « bizarre » dans l’imaginaire collectif des maternelles grande section. Les enfants sont cruels. Très cruels. 3 Action de vouloir à tout prix se transformer en être parfaitement uniforme et interchangeable. Les boutons d’acné et le libre-arbitre sont considérés comme des obstacles à la lissitude. Adoooooorer le dernier album de Philippe Katerine, n’en connaître qu’un titre (Louxor, j’adore) et le chanter à tue-tête à ses collègues peut grandement accélérer le processus de lissitude. 4 Pour plus d’infos, voir la coiffure de Brandon Walsh (première période) dans la série Beverly Hills 90210. 5 Concept déposé. « Entre filles » peut convenir à un groupe de trentenaires mais aussi à des quadras (des quadras un minimum « fashionistas » -autre concept déposé). 6 Vintage ou pas vintage ? La frontière est parfois floue. Exemple : porter la blouse sixties en nylon de votre mémé n’est pas considéré comme un acte vintage. C’est simplement ringard voire inquiétant.
- rêvent de posséder des talons aiguilles, rouges si possible
- savent faire la différence entre KiteKat (des croquettes pour chat) et Hello Kitty (l’icône que l’on sait)
Copie conforme, j’étais des leurs. En plastique, ma vie d’adulte, c’est sûr, serait chic et pratique
J’ai pris mon rôle de fille très au sérieux. Presque parfaite malgré quelques dérapages indépendants de ma volonté : une cagoule rouge vif, des coiffures tarabiscotées à base de couettes et d’élastiques, des bottines fourrées façon mémé, un anorak vaguement moutonnant. Ne disposant pas à l’époque de coach perso, ni de relookeur de stars, j’accordais une confiance –aveugle- à ma mère.
Au fil des jours, j’enrichissais ma panoplie façon « check-list ». La lissitude 3 exige la plus grande rationalité. Must du must, j’étais inscrite au club Barbie. Il me fallait du rose et à haute dose. Chaque mois, je guettais mon colis estampillé de la mythique lettre B. Certains rêvent de grands espaces, de héros au sang chaud et de Z qui veut dire Zorro. Moi, je me contentais de couvrir des feuilles à grands carreaux seyes d’un « B. » comme Barbie grâce à un tampon encreur spécial, privilège réservé aux membres du Club. Cette sirène du marketing avait eu raison de moi. La preuve ? Je poussais le vice jusqu’à manger des gâteaux à son effigie, envoyés par colis à l’occasion de mon anniversaire. So chic ! Comme elles disent.
Et puis un jour une Game Boy est entrée dans ma vie. Barbie et son club furent très vite détrônés par Zelda et Mario Bross. Trop occupée, j’avais désormais des princesses à sauver. Moi (et le porte-monnaie de ma mère) prirent congé du club. Un monde qui s’écroule. Barbie, tentant désespérément de sauver les meubles et son chiffre d’affaires, ne tarda pas à m’envoyer une lettre ornée de son portrait, sourire et brushing figés pour l’éternité. Deux paragraphes qui en disent long : Barbie me fait alors savoir qu’elle est attristée par mon départ. Mais parce que Barbie est généreuse, elle m’accorde une seconde chance sous la forme d’une réduction exceptionnelle sur mon abonnement annuel. Malgré les multiples lettres de relance, le chantage affectif, les supers réductions de la dernière chance, j’ai tenu bon. Et oui, en 6ème, chez « les grands », Barbie était devenu has been. Au collège, j’ouvris alors douloureusement les yeux sur la féminité balbutiante de mes condisciples. Nombrils à l’air, franges coques 4, chaussettes d’écolière aguicheuse, remarques acerbes et rires de hyènes : de guerre des sexes, nous sommes entrées de plain-pied dans la guerre civile. Objectif largement dévoilé : décrocher son « Ken » tant mérité. Entourée d’apprenties bombes sexuelles, j’étais complètement minée. Je me souviens d’Alexandra J., amie de longue date devenue en quelques mois une vamp peroxydée à soutien-gorge rembourré, perchée sur talons et ego compensés.
À 15 ans comme à 25, rien n’a changé, tout a continué voire carrément empiré.
Dans les conversations, aujourd’hui j’entends : « avec mes copines et bah on se dit tout ! ». Format carte postale, l’amitié « entre filles » s’étale en tête de gondole. « Entre filles » 5 on peut : faire des soirées dans des lieux tout de « pink » revêtu, voir « arrêtes de pleurer Pénélope ! », une comédie pour filles parlant de problèmes de filles, ou assister à un spectacle de Chippendales, comme ça pour « s’éclater » 5 mais attention, en veillant à rester « glamour » 5.
C’est normal entre « girls », on se comprend.
Un peu partout je lis : les filles d’aujourd’hui raffolent des macarons (comme Marie-Antoinette version Sofia Coppola), ont tout vu Sex & the City (et aimeraient bien chiper toutes les chaussures de Carry B.), récitent leur « must have » par ordre alphabétique, se battent pour une fripe « Stella McCartney for H&M », se photographient « on line » avec toute leur penderie et adopte à l’écrit un langage subtilement codé.
Exemple : « hi hi hi » = rires entendus genre complices plus communément appelés « lol ». Bizarre, bizarre. Sur ce point, j’enquêterai bientôt plus longuement.
Chez le libraire, je vois : des livres spécialement écrits pour nous, « les filles». Florilège : Blonde Attitude, L'accro du shopping à Manhattan... Couvertures colorées, humour sautillant et finalement aussi léger qu’une choucroute après une journée de canicule. Note à moi-même : songer à me plonger dans les Barbara Cartland, C’est vintage, donc potentiellement furieusement « trendy » 6.
Finalement, elle était plutôt sympa cette Barbie. Quant à Hello Kitty, échappée des cours de récré, elle se pavane désormais sur des « tops » 100% cachemire.
Tout fout le camp, je vous dis. 