14 novembre 2007
La télé commande

J’ai toujours rêvé de déclarer, devant témoins, d’un ton tout ce qu’il y a de plus définitif : je ne regarde plus la télé. Fini, basta, veuillez ne pas m’excuser pour cette interruption définitive des programmes. J’aurai alors le temps de lire les oeuvres intégrales (2 livres) d'obscurs auteurs branchés, je me passionnerai pour des films de réalisateurs tchèques, je me donnerai le frisson en assistant à des performances artistiques très olé-olé, je participerai à des débats philosophiques sur le pourquoi du comment, je hanterai les galeries d’art underground les plus en vue où le discours supplante le contenu. Et puis, je mépriserai, bien sûr, comme il se doit, les fidèles fervents de la religion cathodique. La télé oubliée, je serai une femme totalement libre de mes choix. Enfin tout du moins dans la limite de ce que m’autorise Les inrockuptibles, Art Press et Télérama. Hélas, je suis très loin de cet état d’indépendance intellectuelle. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de décrocher pour de bon. « Tu veux qu’on regarde Ardisson ? ». « Non merci, sans façon ». Vaillamment, j’ai ignoré Fogiel, snobé Ruquier, je me suis gaussé des sourcils d’Emmanuel Chain et moqué du brushing d’Arlette Chabot. Non désolée, la télé ne commande plus chez moi. Ma dernière tentative de désincarcération hertzienne remonte à 2001. En colocation, je partageais alors un grand appartement avec une amie de longue date. Bilan de ma grève audiovisuelle : de l’ennui, une amie et un appart en moins. Nos longues, très longues discussions avaient remplacé les émissions et je ne disposais pas de touche OFF pour stopper ses monologues. Le zapping en bruit de fond, le dénouement aurait peut-être été autre… Maintenant je peux avouer. Oui, je regarde PARFOIS : - Capital ou comment dilapider en 1H30 tout son pactole sympathie. Les riches qui trichent, les pauvres qui trinquent, les gogo gaga des attrape-nigauds. Il paraît qu’on nous cache tout et qu’on nous dit rien. - Top Model ou comment apprendre en 40 minutes à survivre en milieu futile. Le concept de l’émission : elles ont moins de 25 ans, rêvent de devenir des tops mais ne sont pas pour autant décidées à abandonner les cookies. D’où vergetures, d’où embonpoints, d’où leçons de morale et humiliations publiques. « Chérie, t’as trop de cul » glapit Vincent McDoom qui campe ici le rôle du pro de la mode expert en défilés. Marcher sur un podium, l’air mi-snob, mi-rebelle, sur des talons-échasses c’est du boulot. Mine de rien. - Ça se discute ou comment répertorier en 2h30 toutes les espèces de perruques disponibles à ce jour dans les boutiques spécialisées. Chez Monsieur Delarue, les gens de la rue n’ont rien d’exceptionnels et tiennent donc à conserver leurs statuts d’anonymes. D’où perruques, d’où voix déformées de faussets ou d’ogres, d’où lunettes noires effet masque siglées « Chan*bip* ». Une femme qui dit « bonsoir » avec la voix de Sébastien Chabal, rien que ça, à la base, c’est déjà suspect. Ah et puis tiens pendant que j’y suis je regarde aussi par intermittence « Plus belle la vie », comme ça « pour me vider la tête ». Je sais, c’est monstrueux… Attention, ceci est un message à caractère publicitaire : quand je ne suis pas ici, je suis là-bas, sur Post Hit, mon (autre) blog, ma bataille.
Tic, tac, tic, tac. Elle touche nerveusement sa frange toutes les deux secondes et s’invente à chaque fois quelques mèches rebelles à faire rentrer dans le droit chemin. Ce n’est pas un tic, c’est une tactique. Apprentie star, MP3 à fond, elle fredonne, l’air vaguement inspiré, le dernier tube à paillettes super glossy de Britney, Beyoncé ou Jennifer Lopez. Choisissez, c’est à peu près la même chose. Elle rit aussi, le plus fort possible, tout en jetant un coup d’œil aux alentours pour s’assurer, je suppose, que tous les projecteurs sont bien braqués sur elle. Hélas à 18h30 heure d’hiver, il n’y a guère que les phares des voitures pour faire briller son potentiel de star méchamment sexy. Vacances de Toussaint obligent ? Cette semaine en ville, les starlettes étaient de sortie. Moyenne d’âge : 15-20 ans, au-delà ça devient suspect. Jean taille basse : Ok, fesses bien mises en valeur. Coiffure : impec’, figée à la laque pour la postérité. Hobby : (tenter de) faire de son quotidien un clip de MTV. Tâche pas toujours aisée lorsqu’on est en 3ème B, que sa mère s’appelle Jocelyne et son père Roger, qu’on a un petit frère trop chiant, que sa vie n’est pas toujours mortelle et que lundi il y a interro presque pas surprise en mathématiques. C’est bien connu, adolescence et glamour ont toujours fait legging à part. À cet âge fatidique, nombreuses étaient mes camarades complexées qui, de guerre lasse, préféraient se claquemurer dans des tee-shirts taillés à coups de serpe par Chipie, Creeks ou Waïkiki (attention, marques en voie d’extinction). À contrario, la jeune génération semble bien décidée à lutter…. Et ce de plus en plus tôt. Combien pour ce string Mickey taille 6 ans ? (Vu chez H&M, il y a quelques mois). 4,50 € madame, c’est du dernier chic. Moi, à 15 ans je ressemblais à peu près à ça : à rien. Une non-coiffure, un non-cardigan, des non-chaussures, bref beaucoup de non-sens. Clémente, à l'époque la fashion justice avait conclu à un non-lieu. Les années 80 furent terribles, les années 90 carrément sinistres. 2000, on remet les compteurs à zéro. La classe s’apprend désormais sur les bancs de l’école et se pratique en groupe de manière intensive le mercredi après-midi. « Vieille » personne de 25 ans, j’observe le phénomène. Je suis dépassée, je ne peux plus comprendre, pire, bientôt j’aurai 30 ans et je serai alors rangée d’office dans la catégorie « vrai adulte pas marrant influence ringard » par les moins de 20 ans. J’ai prévenu : le premier qui m’appelle « madame », je le tue. À mains nues. Pendant ce temps-là, les branchés tecktonik assurent le show en pleine rue, en CM2 les petites filles annotent les pages mode des magazines tandis que les 6ème groovent sur du R’n’B bling-bling en plastoc. Plus de place pour l’amateurisme, les stars académiques sont passées par là. Génération sacrifiée sur l’autel du mauvais goût, en 1997 les midinettes hurlaient au son des G-Squad, rêvaient devant leurs posters Worlds Appart, se pâmaient à la vue d’un des pectoraux des 2Be3, portaient sans honte des couettes et des chaussures à plateformes. Aujourd’hui on appelle ça un « fashion faux pas ». Ça craignait, quoi. Allez silence, ça tourne.
C’est ainsi que, de guerre lasse, j’ai souvent rendu les armes. Bye bye Les cahiers du cinéma, bonjour Télé 7 jours. F. Truffaut versus J.P. Pernaut, la bataille est perdue d’avance. Planche de salut dans un océan de médiocrité, je me réfugie de temps à autre sur l’île de Frédéric Taddeï sur France 3…. Mais je repars aussitôt à la nage vers le Triangle des Bermudes (plus communément appelé M6) et m’initie à la plongée en eaux troubles dans les bas-fonds de la « sous-culture ».
Bilan : L’émission terminée, je commence à claquer des dents dans ma tanière hantée par l’idée d’une croissance à moins de 2%. Je hais les dimanches soirs.
Bilan : l’émission terminée, je remets en place mon cerveau, resté gentiment sur la table du salon. L’Oréol, parce que je le vaux bien.
Bilan : l’émission terminée, je me promets en cas de problème d’aller plutôt m’allonger sur le divan d’une diva de la psychiatrie non conventionnée. C’est plus cher mais c’est plus sûr.
04 novembre 2007
Ma vie est un clip de MTV
