ça sent pas la rose

Ceci n'est pas un vrai blog de fille. De toute façon j'ai jamais su faire les bracelets brésiliens.

16 septembre 2007

Les monologues de machin

blablabla

C’est un genre de conversation à haut risque, que l’on redoute, que l’on fuit ou que l’on tente d’abréger faute d’avoir su éviter le pire. A parle à B mais B ne répond pas. Logique, A parle pour deux et s’accorde quelques pauses, à intervalles réguliers, pour respirer. De son côté, B, en apnée, se raccroche à l’idée que les secours –une tierce personne, un tremblement de terre, une attaque nucléaire, Britney Spears, des soldes de -80% chez Chanel- finiront bien par mettre un point final à ce flux ininterrompu de verbes, de mots et de détails en pagaille. En vain, le guet-apens devient entrevue et s’étire, à n’en plus finir. Les secondes sont des minutes, chaque phrase supplémentaire un supplice. Petite pensée intérieure : « Dieu, je t’en conjure, -on se tutoie c’est plus sympa, non ?- aide-moi». En attendant il s’agit de garder le cap, résister à cette envie tenace de fermer doucement les paupières, hocher la tête pour garder la face et signifier à son interlocuteur, moulin à paroles par temps de grands vents, que je suis toujours vivante et –pire- intéressée par ses dires. « Hum, hum », « c’est vrai », « ah oui ? » sont les seuls lambeaux de mots que je parviens à caser dans une conversation déjà boudinée d’adjectifs. Dans ces cas-là, on sait quand on embarque mais jamais quand et même si on reviendra.


Ci-gît machin, noyé sous un flot de paroles.
Ici repose machine, disparue dans un océan de métaphores.


L’échange unilatéral est un concept indémodable.
Parler, parler, parler, parler, sans s’arrêter, c’est du temps en moins passé à s’angoisser.
À défaut de captiver les foules par leur charisme naturel, les plus désespérés sortent donc l’artillerie lourde :
CECI EST UNE PRISE D’OTAGE, MERCI DE BIEN VOULOIR LA BOUCLER ET M’ÉCOUTER. MERCI.
Alors, je/tu/nous, peuple silencieux, écoutons, euh, subissons. La politesse me, vous tuera. Ce type de traquenard peut prendre différentes tournures, plus ou moins supportables :


Le récit chronologique et détaillé.
La situation, en une phrase et une seule
: mon interlocuteur a vu un bon film hier soir au cinéma et compte bien me livrer son avis de critique autodidacte autoproclamé le plus doué de sa génération.
J’ai en face de moi une sorte de monstre doté d’une mémoire éléphantesque, maniaque du presque rien qui change tout. Aucun détail ne me sera épargné : la marque du pull que porte le héros, la couleur des yeux du chien de bidule (la copine du type que la fille (mais quelle fille? On ne le saura jamais) croise dans la rue un jour de pluie à Paris), les formes des fleurs du papier peint de l’appartement du frère du beau-frère de la belle-sœur de l’héroïne (elle s’appelle Carole la belle-sœur), le prénom du collègue de boulot (il s’appelle Christophe le collègue) de la fiancée du héros (détail qui s’avérera au final pas si important puisque cette dernière (la fiancée du héros pas la belle-sœur) « meurt au début ») en passant par les états d’âme de la guest star du film « qui a pris un sacré coup de vieux, tu trouves pas ? ». Je sais pas, j’ai pas vu ton film à la con, oublie-moi, tais-toi, crotte de bique, zut, flûte et re-flûte. Je me suis contentée d’écouter religieusement, feignant l’étonnement, la peur, l’impatiente du suspense à venir. Bah oui et le vernis social, bon sang, vous en faites quoi ? Le plus triste dans l’histoire c’est que je n’ai jamais su comment se prénommaient les acteurs principaux.


Le récit énervé, énervant et décousu.
La situation en une phrase et une seule
: mon interlocuteur sort d’une violente dispute avec machine, une sale *bip* a qui elle aimerait bien faire la peau et compte bien me le faire savoir.
Punching-ball sur talons, j’en prends plein la tête, après coup. « Et tu sais pas ce qu’elle m’a dit ? », « Et tu sais pas ce que je lui ai répondu ? ». Non, je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. Elle refait le match, je compte les points. 1 partout. 5 longues minutes plus tard, je suis déjà KO debout. Pincez-moi, que je rêve un peu. Bouche close, en mon for intérieur je boucle mes valises. Direction, des contrées plus silencieuses.


Le récit carte postale un peu jaunie
La situation en une phrase
: mon interlocuteur tient à me faire partager d’anciens souvenirs de vacances mémorables. En théorie, c’est bien. En pratique nettement moins.
Façon séance diapos, il m’explique tout par le menu, creusant dans le sable à la recherche d’anecdotes légendaires. Lui sur un dromadaire, lui dans un village, lui à une terrasse, lui qui a bien rigolé avec un gars du coin, vraiment sympa et tellement « pittoresque ». Il fait son guide du routard. Je préfère sauter en marche.


À défaut de pouvoir en placer une, j’ai trouvé LA solution : j’écris.


Posté par Rosa Rose à 17:03 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


05 septembre 2007

Chiant-issime

mauxcomptenttriple

C’est à la fin qu’il fait généralement son entrée, bon gros gâteau à la crème qu’on ne peut pas bouder, politesse oblige. Certains, au contraire, préfèrent en faire un amuse-bouche difficile à digérer, du genre à vous couper tout appétit social, d’un coup. Superlatif spectaculaire, le « issime » se sert à toutes les sauces. C’est bien là le problème. Chic-issime, urgent-issime, cult-issime : aguicheurs, les « issime » sont les Britney et les Paris de la grammaire. Tendez l’oreille, ouvrez l’œil, ils sont partout. Depuis quelque mois, je les collectionne précieusement. Parmi mes plus belles pépites :
« Cette robe, elle est juste sublissime » piaille une fille à frange à sa copine, dans un rayon, elle aussi membre de la « frange connection ».
« Oh, tu sais moi pendant les soldes, j’ai juste craqué pour un top simplissime » hulule dans un TGV une cadre dynamique à sa copine à l’autre bout du fil.
Autre inconvénient avec les « issime », ils ne vont pas pianissimo. Au contraire, jour après jour, ils gagnent des points sur le terrain du vocabulaire n’hésitant pas à corrompre des mots jusque-là sans histoire. Exemple : sobre + issime = sobrissime. Je les guette, tapis dans l’ombre d’un verbe, susceptibles de surgir au détour d’une phrase bien sous tous rapports. Au restaurant à la table d’à côté, devant la machine à café, dans la rue, dans un dîner : le « issime » ne s’invite pas, il met les deux pieds dans le plat. Accessoire à la mode, j’en ai vu certaines le trimballer dans leur sac à main en toutes occasions, prêtes à dégainer ce nouveau tic de langage plaqué toc. « Nulissime », « géantissime »… Un blanc dans une conversation ? Allez, hop, on comble le vide à la va-vite, on jette de la poudre aux yeux à coup de double « s ». C’est l’avantage : le « issime » fait toujours son petit effet. Quelles seront ses prochaines victimes ? J’ai quelques idées de nouveaux hybrides :
- « viril » + « issime » = virilissime. Définition : homme qui a le « mâle » en lui et tous les signes extérieurs qui vont avec. Torse de Ken, brushing de Ken, sourire rassurant du Ken. Un bonhomme, quoi, un vrai, avec des mâchoires carrées.
- « lucide » + « issime » = lucidissime. Définition : se dit d’une personne « sur-réaliste ».


Posté par Rosa Rose à 22:32 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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